Le marché horloger a produit des chiffres spectaculaires en 2026. Phillips, en association avec Bacs & Russo, a annoncé plus de 235 millions de dollars de ventes aux enchères à Genève, Hong Kong et New York au premier semestre—la meilleure saison de son histoire. Sa vente genevoise de mai a totalisé 74,8 millions de francs suisses et établi 43 records mondiaux. Christie’s a vendu 99 % des lots de sa vente Rare Watches de Genève, pour un résultat global supérieur de 188 % à l’estimation basse cumulée.
Ces résultats sont remarquables. Ils ne signifient pas que toutes les montres de collection s’apprécient.
La conclusion la plus utile est celle d’une concentration de la demande. Les acheteurs rivalisent pour un ensemble plus étroit de pièces réunissant rareté, importance esthétique, état, portée historique et reconnaissance durable. Les records décrivent le sommet du marché ; ils ne constituent pas un indice universel.
Deux réalités de marché peuvent coexister
L’indice Knight Frank Luxury Investment Index 2026 a terminé 2025 en baisse de 0,4 %, signe d’une stabilisation après deux années de recul plutôt que d’une hausse spéculative généralisée. Les montres ont mieux résisté : le WatchCharts Overall Market a progressé de 5,1 % sur la période étudiée, tandis que l’indice Patek Philippe gagnait 12,1 %. Knight Frank souligne néanmoins que cette vigueur reste concentrée sur les signatures et références les plus établies.
Cette apparente contradiction est précisément le sujet. Un marché peut battre des records aux enchères tout en restant très sélectif. Les résultats exceptionnels reflètent parfois la concurrence pour quelques pièces de qualité muséale, historiquement importantes ou particulièrement rares. Ils renseignent beaucoup moins sur un exemplaire courant, produit en nombre ou acheté sans discipline de prix.
Pour l’investisseur comme pour le collectionneur, l’enthousiasme pour une catégorie ne remplace jamais l’analyse de l’objet.
Les caractéristiques communes aux meilleurs résultats
Les montres les plus recherchées reposent rarement sur un seul facteur. Leur attrait naît généralement de la rencontre de plusieurs forces.
La rareté doit d’abord être significative. Une production limitée ne crée de valeur que s’il existe une demande réelle pour la maison, la référence, la configuration ou la période. Une rareté sans reconnaissance peut rester illiquide.
L’importance technique et esthétique peut ensuite inscrire durablement une pièce dans l’histoire horlogère. Un mouvement influent, une architecture de boîtier décisive ou une complication marquante offrent une assise plus solide qu’une tendance chromatique passagère.
La pertinence culturelle peut aussi élargir le cercle des acheteurs. Une montre liée à une époque, à un propriétaire important ou à un tournant dans l’histoire d’une manufacture peut dépasser le public des spécialistes. Mais toute association n’a pas la même portée : le marché distingue un lien documenté et déterminant d’un récit simplement décoratif.
Enfin, la qualité varie au sein d’une même référence. Deux montres portant le même numéro peuvent différer profondément par leur état, leur intégrité et leur désirabilité. Le record obtenu par le plus bel exemplaire connu ne se transpose pas automatiquement à toutes les pièces qui lui ressemblent.
Un marché secondaire plus large et plus jeune
L’étude Deloitte Swiss Watch Industry Study 2025, fondée sur 111 dirigeants du secteur et 6 500 consommateurs, montre que la montre d’occasion devient une porte d’entrée importante. Quarante pour cent des millennials et de la génération Z interrogés envisageaient l’achat d’une montre de seconde main au cours de l’année suivante. Le prix plus accessible ainsi que l’accès à des modèles uniques ou arrêtés figurent parmi les principales motivations.
Cette évolution compte pour la structure de long terme. Un marché secondaire plus profond améliore la découverte des prix, attire de nouveaux collectionneurs et rend les historiques de transaction plus visibles. Il accroît également la dispersion : la transparence permet de distinguer les références bénéficiant d’une demande persistante de celles soutenues surtout par des prix affichés optimistes.
Ce n’est donc pas un marché où tout progresse ensemble, mais un marché plus lisible—et par conséquent plus exigeant.
Les résultats d’enchères sont des signaux, non des évaluations automatiques
Les enchères montrent une concurrence réelle et des transactions conclues. Elles exigent toutefois du contexte. Quelques lots exceptionnels peuvent gonfler le total d’une vente. Le taux de vente dépend du niveau des estimations, des réserves et de la qualité des consignations. Les résultats incluent généralement les frais acheteur, alors que les transactions privées peuvent être présentées différemment ou rester confidentielles.
Un record constitue ainsi une preuve de demande pour une pièce, à une date et à un niveau de qualité donnés. Il ne doit pas être appliqué mécaniquement à une autre montre.
Cette distinction est essentielle lorsque l’horlogerie est envisagée comme actif réel. La valeur d’une montre peut évoluer avec l’appréciation portée par le marché sur l’objet ; elle ne produit ni intérêt ni rendement contractuel. La liquidité reste sélective, les coûts de transaction comptent et la cession peut prendre du temps.
Le regard d’Altherum : sélectionner avant de s’exposer
Les résultats de 2026 renforcent l’intérêt d’étudier les montres de collection, mais rendent aussi plus difficile toute exposition indifférenciée. Lorsque le marché récompense les meilleures pièces et délaisse les autres, la question pertinente n’est pas de savoir si « les montres montent », mais pourquoi un objet précis pourrait rester recherché au fil des cycles.
L’analyse part de la pièce : maison, référence, époque, importance technique et esthétique, rareté, état et profondeur du marché de collection. Les données doivent ensuite être comparées avec discipline, en distinguant prix affichés et transactions exécutées, records exceptionnels et comparables répétables.
Altherum considère les montres de collection comme des actifs physiques sélectionnés. La copropriété structurée n’a pas pour objet de transformer chaque montre en investissement, mais de donner accès à des objets soigneusement choisis selon des modalités définies, sans modifier la réalité économique de l’actif sous-jacent.
La leçon de 2026 est donc plus précise que les gros titres. Les records ne prouvent pas que tout progresse. Ils révèlent où les collectionneurs concentrent leur conviction.
Sources et méthodologie
Phillips en association avec Bacs & Russo, résultats du premier semestre 2026 et de la Geneva Watch Auction XXIII, mai et juin 2026. Christie’s, résultats Rare Watches Genève, mai 2026. Knight Frank, Luxury Investment Index 2026, 23 avril 2026. Deloitte, Swiss Watch Industry Study 2025, novembre 2025. Les chiffres se rapportent aux périodes et méthodes propres à chaque source et ne sont pas directement interchangeables.
Ce contenu éditorial est fourni à titre d’information générale. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni une évaluation, ni une offre ou sollicitation. Les objets de collection peuvent être illiquides et perdre de la valeur.
