Le marché secondaire de l'horlogerie de luxe, à 16,7 Md$

Les montres de luxe sont passées de symboles de statut social à des actifs que les collectionneurs sérieux considèrent comme une réserve de valeur. En 2025, le marché secondaire mondial des garde-temps de luxe a atteint 16,7 milliards de dollars de valeur transactionnelle totale, en hausse de 36,4 % sur un an. Patek Philippe, Rolex et Audemars Piguet dominent les échanges des pièces de qualité investissement, et leurs références les plus recherchées se sont négociées avec des primes bien supérieures au prix de détail. Contrairement aux actions ou aux obligations, une montre ne verse aucun dividende. Sa valeur repose sur la rareté, le savoir-faire, la provenance et le désir d'un cercle restreint d'acheteurs. L'offre pour les références les plus prisées est structurellement limitée, et la demande pour celles-ci s'est historiquement maintenue, bien que ces deux conditions relèvent du marché et puissent évoluer. Ce qui a très peu changé en cinquante ans, c'est la manière dont ces objets sont achetés, vendus et transférés.

Patek Philippe Nautilus 5711 : valeur contre rareté

Aucun objet ne capture mieux la tension de ce marché que la Patek Philippe Nautilus réf. 5711/1A. Conçue par Gérald Genta en 1976 et abandonnée en janvier 2021, cette montre de sport en acier, avec son boîtier hublot et son cadran bleu guilloché, est devenue l'objet de collection emblématique des années 2020. Une montre vendue au détail à 34 900 $ s'est échangée entre 100 000 $ et 160 000 $. En mai 2026, WatchCharts situait la 5711/1A à 112 500 $, en hausse de +29,8 % sur un an. En novembre 2024, une commande spéciale réf. 5711/1500A s'est vendue aux enchères pour 6,7 millions de CHF (7,56 millions de dollars), un record absolu pour la référence. Un acheteur ayant acquis un exemplaire en 2015 pour 25 000 $ et l'ayant conservé pendant dix ans aurait constaté une hausse supérieure à +420 % sur cette référence spécifique. Il s'agit d'un résultat historique daté, lié à une référence exceptionnelle et à des résultats d'enchères ; il ne saurait être généralisé, et les performances passées ainsi que les prix d'enchères ne préjugent pas des résultats futurs. Patek Philippe produit environ 72 000 montres par an au total, contre environ un million pour Rolex, et avant son abandon, les listes d'attente pour la 5711 s'étalaient sur 8 à 10 ans. La production de cette référence a cessé, de sorte qu'aucune nouvelle offre n'est attendue ; la demande est forte depuis des années, mais l'intérêt des collectionneurs, les prix et la profondeur du marché peuvent évoluer.

Le problème de la propriété et de l'illiquidité des montres de luxe

L'argument en faveur de la Nautilus 5711 comme objet de collection est bien documenté. C'est la structure de propriété qui pose problème. Un collectionneur qui en détient une possède un actif à six chiffres sans possibilité de sortie partielle ni de couche de règlement transparente. Vendre suppose de recourir à un négociant du marché gris moyennant une marge de 5 à 15 %, de se soumettre à des semaines de diligence raisonnable d'authentification, et d'accepter un résultat binaire : vente totale ou rien. Il n'existe aucun mécanisme simple permettant de détenir une position fractionnée, aucun moyen d'utiliser l'actif comme garantie sans céder l'objet physique, et aucun marché secondaire fonctionnant avec la rapidité ou la transparence d'un instrument financier coté. En dehors des références dominantes, le tableau est encore plus net : la montre moyenne se négocie désormais à –31 % ou pire par rapport au prix de détail, après 13 trimestres consécutifs de baisse des prix. Le marché est scindé, opaque et structurellement illiquide, même pour ses meilleurs actifs.

Ce que la tokenisation change pour la propriété horlogère

La tokenisation peut réduire certaines des frictions liées à la propriété des montres de luxe, dans les limites propres à chaque structure. Lorsqu'une Nautilus 5711 est placée auprès d'un dépositaire réglementé, authentifiée, assurée et représentée sous forme d'instrument numérique sur une infrastructure blockchain conforme, un intérêt dans celle-ci peut être divisé et transféré sans déplacer l'objet physique. Le transfert requiert toujours une contrepartie consentante, des vérifications d'éligibilité, des restrictions applicables et une demande disponible : aucun marché continu, aucune liquidité, aucune sortie ni aucun prix ne sont garantis. Un registre numérique peut relier le dossier d'authentification à l'instrument et suivre les transferts successifs, ce qui réduit le travail documentaire pour un acheteur ; il n'authentifie pas la montre à lui seul, et une vérification par des experts demeure nécessaire. Le règlement peut être plus rapide et la tarification plus transparente, dans les limites fixées par la documentation. La distance géographique et le ticket d'entrée minimum peuvent être réduits, sous réserve d'éligibilité et des conditions propres à chaque structure. C'est le type d'infrastructure autour duquel s'articule Altherum Tokenization : des structures réglementées dans lesquelles des actifs physiques conservés et vérifiés peuvent être enregistrés et administrés de manière transparente. La tokenisation enregistre des droits ; elle ne supprime pas les risques d'illiquidité, de valorisation et de garde propres à un objet de collection. Cet article relève de l'analyse éditoriale : la référence évoquée ici n'est ni proposée, ni détenue, ni disponible sur la plateforme Altherum.